Paris-Versailles

La route des rois

La Nationale 10 nait symboliquement, comme toutes les grandes routes de France, sur le parvis de Notre-Dame-de-Paris d’une rose des vents en cuivre posée en 1924, c'est le «  point zéro » des routes de France.

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Avec le transfert de la Cour et du pouvoir politique à Versailles en 1684 par Louis XIV, la route reliant Le Louvre au nouveau palais connaît une intense activité.

A Paris, la route de Versailles longe alors la rive droite de la Seine, traverse les paroisses de Passy puis d’Auteuil avant d’arriver à Boulogne. Bien plus tard, en 1860, les limites de Paris sont désormais fixées à l’emplacement des anciens remparts et des portes qui permettaient d’entrer dans la capitale. En 1877, la route de Versailles est rebaptisée avenue de Versailles avant de déboucher à l'emplacement de l'ancienne Porte-de-Saint-Cloud.

 

92001 1La Porte-Saint-Cloud au milieu des années 1970 déjà noyée dans l’agglomération parisienne. L’avenue de Versailles longe les immeubles modernes situés au centre du cliché. Le tout nouveau Parc des princes, inauguré en 1972 est déjà là.

92002 1A l’emplacement de la porte proprement dite, on trouve depuis la fin du XIXè siècle une vaste place où convergent diverses avenues. Au centre de la place se trouvent deux fontaines sculptées par Paul Landowski en 1936 à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937 à Paris. Symbolisant les sources de la Seine, ces deux sculptures ne sont plus mises en eau depuis les années 1990 afin de les préserver de l’altération des jets d’eau.

 

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C’est après avoir franchi la Porte-Saint-Cloud que débute réellement la RN 10 en entrant à Boulogne-Billancourt sous la forme d’une longue avenue qui porte le nom du Général Leclerc depuis 1945.

92004 1Boulogne-Billancourt, avenue du Général Leclerc, fin des années 1950. Une 2 CV est sagement garée le long du trottoir en attendant son propriétaire peut-être parti boire un "blanc-cass" au bar-tabac-PMU "Le Celtique". Elle semble quand même sur ses gardes dans ce fief des autos au losange, les usines Renault ne sont qu'à quelques dizaines de mètres de là...
Cette avenue est réellement le point de départ de la Nationale 10, les arbres le long de la route ne vont plus la quitter jusqu'à Urrugne et Hendaye, 750 kilomètres plus loin...

 

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L’avenue débouche sur le pont de Sèvres qui enjambe la Seine. Initialement bâti en bois en 1685 avec le premier  tracé de la route vers Versailles, le pont est reconstruit sous le Premier Empire en pierre avant de laisser place à un vaste ouvrage métallique en 1963.

 

92006 1Juste avant de s’engager sur le pont, une stèle rappelle la mémoire du général Leclerc et de la 2ème Division Blindée dont l’escadron commandé par la capitaine Morel-Deville franchit la Seine ici même avant d’entrer dans Paris le 25 août 1944.

 

92007 1Le pont offre une vue sur l’Ile Seguin qui abrita la fameuse usine Renault dès 1929. Véritable « vaisseau industriel » ultramoderne à l’époque de sa construction, cette usine crée aussi la polémique. En 1931, Léon Gosset affirme dans son guide des Routes du Sud de Paris « Pourquoi faut-il que cet ensemble si harmonieux [l’Ile Seguin] ait été saccagée par la construction de hangars [sic] qu’une société industrielle vient, après avoir coupé les arbres, d’ériger récemment sur une jolie petite île de la Seine ? »

92008 1Après avoir fabriqué des millions d’automobiles frappées du losange, l’usine cesse son activité en 1992. Elle est démolie dans les années 2000, la nature y a aujourd’hui repris ses droits ce qui ferait sûrement plaisir à Léon Gosset…

Sèvres (km 11)

Sur la rive ouest de la Seine, la Nationale 10 entre dans Sèvres (km 11) en empruntant le tracé de la route royale ouverte en 1686 au fond de la vallée du ruisseau de Marivel. Une vingtaine d’années auparavant, c’est par cette route encore embryonnaire que sont acheminés les matériaux nécessaires à la construction de Versailles depuis le port de Saint Cloud.

92009 1Sur la droite, on peut apercevoir la Manufacture nationale de porcelaine installée ici par la marquise de Pompadour en 1756. Cette vaste bâtisse abrite toujours aujourd’hui une école, des ateliers et un important musée de la céramique. 

La Grande Rue traverse Sèvres en montant le long du Parc de Saint-Cloud. La route royale initiale de 1686 est élargie sous Louis XV Cette rue fut le théâtre de bien d’évènements historiques comme la marche des Parisiens sur Versailles le 5 octobre 1789 et le passage de la famille royale de retour sur Paris le lendemain.

92010 1Sur ce cliché des années 1960 la Grande Rue de Sèvres est encore dans sa configuration du XVIIIème siècle, plus vraiment adaptée à l’essor de la circulation. Elle sera considérablement élargie dans les années 1970 au prix de la démolition de nombreux immeubles.

Chaville (km 15)

La route, en fait une longue voie de banlieue, poursuit vers Chaville (km 15), dernière commune des Hauts-de-Seine traversée par la Nationale 10. La route royale, puis nationale, traverse initialement le Bas Chaville sous le nom de Grande Rue avant de devenir rue Roger Salengro, en mémoire au ministre du Front populaire disparu tragiquement en 1936.

Jusqu’au début du XXe siècle Chaville est une petite ville dont les principales activités sont l’exploitation de la pierre dans de vastes carrières, la cultures des champignons dits « de Paris » et la viticulture.

 

92011 1La Grande Rue à Chaville, fin dans les années 1920. Notez les nombreux postes d’essence à droite et la publicité pour les apéritifs Byrrh. Les pavés qui recouvrent encore la chaussée étaient plus a adaptés aux équipages de la Cour de France qu’aux automobiles.

 

92012 1La Grande Rue, devenue rue Salengro, dans les années 1960. Les pavillons en meulières laissent place à des immeubles aussi modernes qu’insipides. Deux stations services concurrentes ravitaillent les automobilistes en route vers Paris. 

92013 1Les lieux ont peu changé depuis, seule la station Esso a agrandie et surélevée d’un étage entre temps.

92014 1L’architecture de cette ancienne station service, devenue une boulangerie, évoque le style art déco malgré sa reconstruction dans les années 1970. 

En sortant de la ville, à « La pointe de Chaville » on trouve encore la bifurcation entre la route royale et la route du Pavé des Gardes. Cette voie reliant Paris à Versailles par la forêt de Meudon avait l’avantage d’être le plus court chemin entre les deux villes mais au prix de passages abrupts particulièrement redoutés en hiver. Essentiellement utilisé par l’armée royale, à qui l’on doit son nom, le Pavé des Gardes était impraticable par les voitures hippomobiles contraintes d’emprunter la route royale dans la vallée du Marivel.

Viroflay (km 18)

La route poursuit vers Viroflay (km 18) et entre dans les Yvelines. La Nationale 10 traverse ce département crée en 1964 sur plus de 60 kilomètres, Versailles et Rambouillet sont les principales villes traversées.

Ancienne seigneurie du marquis de Louvois, Viroflay est achetée par la famille royale à la fin du XVIIè pour intégrer la paroisse aux domaine des chasses royales. Jusqu’au début du XXè siècle, Viroflay se compose de deux bourgs distincts qui, avec l’extension urbaine ont fini par se rejoindre pour ne former qu’une seule entité. La route royale abordait la localité par le Bas Viroflay avant de gravir une pente assez raide. Ce tronçon avait la particularité d’être à la fois celui emprunté par la Cour mais aussi par l’armée royale en provenance du « Pavé des Gardes ».

78002 1L’avenue Leclerc à Viroflay au milieu des années 1960. Les arbres centenaires du grand chemin de Versailles côtoient les modernes stations-service de la Nationale 10. 

78004L’urbanisation galopante des années 1960 transforme la Nationale 10 en une voie de desserte locale. L’ouverture de l’autoroute de l’Ouest en 1950 a désengorger la circulation dans l’ouest de la proche banlieue parisienne.

Devenue avenue Leclerc depuis la Libération, la Nationale 10 passe sous l’imposant viaduc de chemin de fer aussi appelé « Les Arcades » en raison de la hauteur de ses arches. L’ouvrage d’art inauguré en 1852 supporte l’extension vers Chartres de la ligne Versailles - Rive droite reliant l’ancien palais à la  capitale.

78003Le viaduc de chemin de fer de Viroflay enjambe la Nationale 10 depuis son inauguration en 1852.

78001Prise depuis le viaduc des « Arcades » cette photo du milieu des années 1950 montre une circulation encore bien calme. 

En laissant Viroflay, la Nationale 10 change brusquement de physionomie à l’approche de Versailles (km 20). La modeste route se mue alors en la majestueuse avenue de Paris menant directement à la place d’Armes du palais.

78005Bordée d’arbres, large de près de 90 mètres elle s’inscrit parfaitement dans l’axe du château de Versailles.

Sur la place d’Armes du palais, elle converge avec les deux autres avenues, celle de Saint-Cloud et celle de Sceaux. Jusqu’à la Révolution, c’est ici que s’achevait la grande route royale qui mettait quand même Versailles à près de trois heures du Louvre…

Azlp05L’avenue de Paris avec la cour d’honneur du château de Versailles en arrière plan.

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