01/2017: l'accident de Renault

Virage dangereux...

Le 24 mai 1903, la course Paris-Madrid, dont le départ a été donné à Versailles à 3 heures 45, traverse, le département de la Vienne. Les deux frères Renault pilotent chacun une nouvelle voiture « type O » animée par un moteur de quatre cylindres développant 40 CV. Louis, le plus jeune, « le diable de Billancourt » comme on le surnomme est en tête de la course au volant de la voiture numéro 3. Marcel, son aîné, pilote la numéro 63.

Renault0Marcel Renault et son mécanicien Vauthier à la pesée des voitures aux Tuileries le 16 mai 1903, une semaine avant le départ de la course. La numéro 63 préparée par son frère Louis accuse 650 kg pour 40 CV.

Il traverse vers 9 heures du matin le village des Minières à pleine vitesse, plus de 100 km/h, puis sort du bourg. Il a en ligne de mire Léon Théry, un concurrent, qui pilote une Decauville de 30 CV qu’il essaye de doubler depuis le dernier contrôle à Poitiers. Marcel Renault profite d’une longue ligne droite pour en découdre avec Théry, mais la poussière soulevée par la Decauville l’empêche d’apercevoir un commissaire de course qui brandit un drapeau jaune signalant un dangereux virage à gauche.

Renault2Le virage où se déroula l'accident de Marcel Renault. En 1903, la Nationale 10 emprunte le tracé le plus à droite. Mai 2007, collection L. Carré.

Surpris,  Renault tente un coup de volant désespéré mais ne peut éviter un petit talus. La voiture 63 sort de la route, s’écrase dans le fossé, rebondit pour s’immobiliser définitivement, l’avant tourné vers Poitiers. Marcel Renault est très gravement blessé, René Vauthier, son mécanicien, est quant à lui grièvement touché aux jambes.

RenaultL'épave de la numéro 63 sur les lieux de l'accident entourée de nombreux badauds. Sous la violence du choc la voiture s'est retournée en direction de Paris.

Le constructeur de Billancourt est transporté dans un état désespéré vers une ferme voisine, dans le hameau de Bourdevay où il décède le 26 mai au soir provoquant une immense émotion dans le monde naissant du sport automobile et de l’industrie. Ce drame a d’importantes conséquences sur l’avenir de l’entreprise alors en plein essor. Ainsi quelques mois plus tard, Louis Renault devient le seul maître de la firme de Billancourt jusqu’à la nationalisation de 1944.

Renault3 1Le virage vu dans le sens Province-Paris, on apprécie mieux ici la courbe particulièrement marquée. Octobre 2014, collection L. Carré.

Renault1Le "tournant brusque" avait bien été identifié comme dangereux dans le road-book distribué aux concurrents de la course. 

La mémoire de l'accident

Un monument sur les lieux mêmes de l’accident fut installé quelques années plus tard. Le virage responsable du drame fut redressé et l’ancien tronçon est devenu une aire de repos où il était possible, encore récemment, de s’arrêter pour se recueillir devant le monument Renault. Une plaque fut fixée en 1993 lors de la commémoration des 90 ans de la course par la firme Renault et le Club des Amateurs des Anciennes Renault.

L’aire a été malheureusement condamnée en 2014, le monument est désormais inaccessible et de plus en plus cerné par la végétation. Espérons que les pouvoirs publics ne laisseront pas cet élément patrimonial tomber dans l’oubli.

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